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TRANSCULTUREL

LE COACHING

Conférence sur les relations professionnelles entre Français et Russes à Moscou

 

Cette conférence est construite à partir d’interviews de cadres et dirigeants français travaillant à Moscou.

Une trentaine de personnes au total, dont dix femmes et dix neuf hommes, entre 25 et plus de 50 ans, ont accepté de me recevoir. Ma question était simple : comment cela se passe, le travail à Moscou ? Les entretiens étaient non-directifs, chacun étant libre de définir et de développer la thématique qui l’intéressait le plus, depuis la politique menée par le président jusqu’à la vie quotidienne et ses surprises.

J’ai été surprise de la facilité avec laquelle j’ai pu obtenir les rendez-vous. Je remercie mes interlocuteurs de leur disponiblité et de la richesse de leurs contributions.

Le travail et son contexte ont été abordés sous de multiples aspects : les rapports avec l’environnement de l’entreprise (les diverses administrations et les autorités politiques, les sous-traitants, les fournisseurs et les clients), les rapports de la filiale avec le siège de l’entreprise en France, le recrutement et le management du personnel, la communication et les interactions entre collaborateurs, les fêtes dans l’entreprise.

Plusieurs cadres ou dirigeants m’ont dit leur satisfaction de pouvoir s’épanouir en Russie sur le plan professionnel et personnel.

Dans le cours de ces interviews ont été également abordées des questions plus personnelles. Le séjour à l’étranger peut désorienter : l’apprentissage d’une langue et d’une culture étrangère est difficile, la différence de mentalité n’est pas souvent appréhendée à sa juste mesure et peut surprendre.

La vie à Moscou est dure. Le climat, les gens sont rudes. La vie les a forgés comme l’acier (c’est le mot qu’ils emploient – закаляться) et le rythme de Moscou est trépidant. Les gens sont déterminés dans ce qu’ils entreprennent,  travailleurs. Ils ont tendance à ne pas rester dans l’entreprise, à en changer.

Les formes d’autorité traditionnelles sont charismatiques : le chef est reconnu comme tel pour ses capacités exceptionnelles en tant qu’être humain, et chacun souhaite une relation personnelle avec lui. On lui doit obéissance et loyauté.

Ce type de management est souvent difficile pour les Français. Il repose trop sur un modèle qui ne fait plus partie de la modernité et dont on essaie depuis plusieurs années de se débarrasser sans avoir complètement réussi. 

Dans certaines entreprises au management français, les réactions des employés russes ont pu surprendre par leur capacité à faire bloc, à réagir en tant que groupe en refusant l’individualisation de la rémunération ou en s’auto organisant dans la production.

Ces évènements sont intéressants à analyser au regard des types de commandement et des processus d’influence dans les groupes. On peut être nommé chef ou manager, ce n’est pas pour autant qu’une autorité va vous être reconnue par les employés. On sait aussi, depuis les études d’E. Mayo aux Etats-Unis dans les années 1930 que, même payé collectivement en fonction de sa production, un groupe d’ouvriers peut décider de fixer une norme de production inférieure et s’y tenir, au risque de gagner moins.  

Les Russes sont vécus comme plus fatalistes que les Français. Est-ce dû au fait qu’ils ne pensent pas qu’ils peuvent avoir la maîtrise de ce qui leur arrive, vu le degré d’incertitude de l’environnement économique et juridique dans lequel ils vivent ? Ou bien à des traits culturels plus profonds qui  leur font user d’explications dans lesquelles ils minimisent leur rôle ? L’une des normes de notre société, c’est de donner de la valeur aux explications qui accentuent le poids de l’acteur dans ce qui lui arrive : le maître mot en France est la maîtrise.  C’est ce que Jean-Léon Beauvois appelle la norme d’internalité. En Russie, on s’en remet plus facilement au destin ou à l’ordre des choses.

Toutes ces différences peuvent déstabiliser. Pouvoir les élaborer et penser sa façon de travailler aide à prendre du recul dans les situations concrètes auxquelles on est confronté. C’est ainsi qu’une expérience à l’étranger ou avec des étrangers peut devenir riche en découvertes et en maturation professionnelle et personnelle.

Quelques citations